Maurice Renoma

L'indémodable modographe

Je suis un Boulonnais très heureux. J’adore me perdre dans les rues, sans portable.
Je suis arrivé ici car j’avais envie de nature, de respirer… »

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Pour qualifier le célèbre créateur d’une marque légendaire qui bouscula la mode des années 1960, devenu un photographe reconnu, on a inventé le néologisme « modographe ». À partir du 8 mars, une exposition pluridisciplinaire retrace l’itinéraire éclectique de Maurice Renoma à l’espace Bernard Palissy.

«Je suis un Boulonnais très heureux », la formule fuse quand on évoque Boulogne-Billancourt devant Maurice Renoma. « J’adore me perdre dans les rues, sans portable. » Quarante ans, tout de même, qu’il y vit, lui, le créateur infatigable, l’homme qui marche sans cesse, dans cette ville qui lui ressemble et qui lui va comme un costume Renoma. « Je suis arrivé ici car j’avais envie de nature, de respirer, de pouvoir faire du vélo ou du footing en sortant de chez moi. »

Assis dans « son » restaurant Renoma Café près des Champs-Élysées, ambiance street-art, mi-galerie, mi-bistrot chic, où tout le monde l’appelle par son prénom avec affection, il évoque la pratique sportive qui lui est si nécessaire. Ses amis qui se succèdent à sa table confirment : Maurice, c’est l’énergie personnalisée, la créativité permanente, depuis les origines, dans la boutique de son père, tailleur, rue de Nazareth ; il n’a cessé depuis de bousculer les codes. Dans ces années 1960 corsetées, avec son frère Michel, ils ont l’intuition que la jeunesse ne demande qu’à se démarquer, à endosser des vêtements inédits.

Les Renoma, avec un instinct formidable, une « irresponsabilité totale » dit Maurice aujourd’hui en riant, libèrent les futurs « minets » des beaux quartiers des costumes tradi, leur fabriquent des silhouettes cintrées, les habillent de pantalons patte d’eph’ en velours. Maurice a l’art de se faire des amis qui deviennent des clients, et l’inverse. Le succès est éruptif, ils ouvrent dans un quartier tout sauf branché, rue de la Pompe, une boutique qui devient le QG de la jeunesse dorée. Il s’y vend 100 costumes par jour, les stars suivent, on y voit Dutronc, Bardot, le roi Pelé, Dylan, Andy Warhol et bien entendu l’ami Gainsbourg, dont il parle encore au présent… Toute une « génération Renoma ».

UN STYLE UNIQUE ET PLURIDISCIPLINAIRE

Au tournant des années 1990, Maurice se met à la photo. Créateur à l’inspiration éclectique, mais sans l’ombre d’une prétention, il propose des clichés différents : « Je n’aime pas la pose, la photo est un médium,
même les photos ratées sont intéressantes. J’ai de bons réflexes, j’ai une géométrie dans l’oeil, je fais du ping-pong
», ajoute-il malicieusement. Il se pense amateur, et pourtant ses photos sont saluées par les plus
grands, comme Dominique Issermann, qui admire sa liberté en marge des courants. Depuis vingt-cinq ans, Maurice Renoma expose dans le monde entier. La transgression dont il a fait preuve pour créer une marque mythique, qui se décline dans l’ameublement ou l’équipement de la maison, il la met au service de manifestations où s’exprime son insatiable curiosité. Hier encore, il assurait la décoration de l’« arty » Renoma Hôtel à Tel-Aviv, déjà devenu un lieu très couru.

Sa ville lui offre en mars une carte blanche inédite, intitulée Maurice Renoma, Art tribute, qui lui tient particulièrement à coeur. Il y a vingt ans, il exposait au Centre culturel 40 ans de création. Cette année, l’espace Bernard-Palissy témoignera du parcours de celui qui s’intitule « modographe », au carrefour de la mode et de la photo. On y verra une rétrospective de son style unique et pluridisciplinaire, reflet de l’originalité d’un homme modeste qui se dit « bien accompagné par le dieu Hasard », ce sera un hommage à l’art sous toute ses coutures ponctué de surprises…

Maurice Renoma repart aussitôt : « Si je n’ai pas de projets je m’éteins. »Un oeil sur la gestion de la marque, un autre sur les chances à saisir, un dans le viseur de son appareil, encore un autre sur la balle de tennis ou de billard qu’il pratique assidûment. « J’ai toujours 20 ans, c’est là qu’est le problème ». On ne voit pas lequel.