Paroles de boulonnais

Michel PASTOUREAU

Historien médiéviste

"Comme Boulonnais et historien, je suis heureux d’ouvrir à l’espace Landowski les cérémonies des 700 ans de Boulogne."

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Les couleurs de l'histoire 

Éminent historien médiéviste, conteur hors pair, le Boulonnais Michel Pastoureau présente deux conférences exceptionnelles au Forum universitaire à l’occasion des 700 ans de la ville.

De son immeuble boulonnais, face à la terre rouge de RolandGarros, Michel Pastoureau contemple quotidiennement écureuils et oiseaux. « J’aime tous les animaux, même si j’ai une affinité particulière avec l’ours, que j’ai étudié pendant quarante ans. » S’il est peut-être un lointain descendant des pastoureaux, ces jeunes bergers qui semaient la terreur dans la France de Saint Louis, l’historien, lui, mène depuis toujours une croisade érudite au nom du Moyen Âge, de la signification des symboles et du langage chromatique. Né en 1947, gamin de la butte Montmartre, il baigne dans les couleurs du surréalisme. Les ateliers d’André Breton, de Giorgio De Chirico, d’Yves Tanguy, terrains de ses jeux d’enfant, forment son œil pictural. Artistique, l’héritage est aussi intellectuel. Avec un père professeur de philosophie et une mère pharmacienne, la bibliothèque familiale déborde d’ouvrages. « Je suis né dans les livres », affirme ce petit-cousin de Claude Lévi-Strauss. L’auteur écossais Walter Scott et les adaptations cinématographiques de Richard Thorpe nourrissent très tôt sa passion pour le Moyen Âge des chevaliers. Élève de l’École nationale des chartes, où l’on parle encore couramment le latin, il soutient sa thèse à 25 ans sur la science des blasons, discipline que l’on dit triviale et qu’il contribue à réhabiliter. Cette curiosité pour les images et symboles médiévaux occidentaux le conduit rapidement à défricher de nouveaux terrains d’étude. Pionnier dans l’histoire des couleurs et des animaux, ce touche-à-tout passionné publie plus de 40 ouvrages, traduits dans une trentaine de langues. Conseiller historique pour le cinéma, Michel Pastoureau guide Éric Rohmer sur le tournage de Perceval, puis JeanJacques Annaud et Jacques Le Goff pour Le Nom de la rose. « Le réalisateur voulait respecter chaque détail, jusqu’à la manière de se dire bonjour et au revoir. J’ai pris conscience que si nous connaissions bien le cadre de vie, sans image animée pour nous guider, nous ignorions tout des gestes quotidiens. » Loin de l’image de paysans miséreux exploités par de grands seigneurs, il dépeint le climat stable du Moyen Âge central, son expansion économique, démographique, commerciale, la disparition du servage, « bref, des siècles de progrès! » Pour l’historien, aucun doute: on vit mieux sous Saint Louis XIV. « La période épouvantable, c’est le XVIIe siècle, celui des calamités climatiques, des famines, où la taille des êtres humains et des animaux diminue. »

Un boulonnais amoureux de sa ville

Observateur de la société et de ses transformations, l’historien se mue peu à peu en anthropologue et s’insurge contre les exagérations qu’il lit régulièrement dans la presse « On se concentre toujours sur ce qui change. Pour les époques récentes, c’est devenu obsessionnel. On oublie ce qui ne change pas! » L’arrogance du savoir occidental, prompt à juger le passé à l’aune de la morale du présent, le hérisse. Tout comme les anachronismes. « L’histoire incite à cultiver le doute et la modestie. » Il cite son premier livre, rédigé en 1976 sur le XIIe siècle: «Aujourd’hui, je devrais le doubler avec les dernières découvertes. Il n’y a pas de vérité. Certains considèrent même que notre niveau de connaissance sur les couleurs est atteint. Pour un historien, c’est risible. » Depuis Bleu, en 2000, le médiéviste s’est fait scientifique pour décomposer le spectre chromatique. « J’ai progressé en chimie, mais je n’ai jamais réussi à apprendre la physique en autodidacte », dit-il en riant. Aujourd’hui, alors que la couleur reste un territoire peu exploré, les animaux sont devenus de véritables vedettes. En Boulonnais amoureux de sa ville, qu’il arpente depuis près de six ans, Michel Pastoureau a présenté son dernier ouvrage sur le loup au Salon du livre. « Je garde un excellent souvenir de l’espace Landowski, où j’ai déjà donné plusieurs conférences. » Il faut dire que ce conteur hors pair sait entraîner son auditoire dans une promenade au fil des siècles avec un enthousiasme communicatif. Après une première conférence, mardi 29 janvier, sur la vie quotidienne à l’époque de la fondation de NotreDame de Boulogne, nul doute qu’il captivera à nouveau l’auditoire du Forum universitaire mardi 12 février pour une plongée dans les couleurs de l’histoire boulonnaise. 

  • Le loup, une histoire culturelle Éditions du Seuil, 160 p., 19,90 €.