Diane Brasseur Photo Olivier Marty © Allary Editions

Culture

Salon du Livre : Diane Brasseur, sur les traces d'étonnantes origines familiales

De la Grèce aux rives du lac Léman, La Partition (Allary Éditions) est une superbe épopée familiale et musicale sur les traces d’une héroïne flamboyante. Dans un tourbillon de sensations et de mots ciselés, Diane Brasseur emporte son lecteur dans cette fresque vraie, entre passions et drames.

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Retrouvez Diane Brasseur samedi 7 décembre au Salon du Livre de Boulogne-Billancourt (en rencontre "Destinées de femmes d’exceptionà 18h à l'amphithéâtre Landowski, avec Brigitte Benkemoun, Dominique de Saint-Pernet Irène Frain..

Salon du Livre de Boulogne-Billancourt : Comment avez-vous mené vos recherches à travers cette histoire de famille ?

Diane Brasseur : En 2015, j’ai retrouvé une correspondance familiale. Deux gros classeurs verts datés de 1942 à 1943 et de 1944 à 1946. C’étaient des lettres de mon oncle – je ne l’ai pas connu, il est mort quelques années avant ma naissance –  adressés à sa mère, ma grand-mère. Trois lettres par semaine pendant cinq ans, écrites à l’encre bleue, barrée par la censure. Chacune compte huit cents mots. Certains mots sont soulignés au crayon rouge. Parmi les lettres, se sont glissés des schémas, des photos et des fleurs séchées. J’ai pris six mois pour lire cette correspondance. À la même période, j’ai rencontré des membres de ma famille pour leur poser des questions. Quand enfin je suis arrivée au bout de tout ce matériel, je me suis autorisée à tout oublier pour aller vers la fiction, en d’autres termes à trahir la réalité sans culpabilité. Comme seule contrainte, je me suis imposée un extrait de lettre au début de chaque paragraphe. À cela je n’ai pas touché, pas même à une virgule.

SDLBB : D’où vient ce thème musical omniprésent, marqué par le piano et le violon ?

D.B. : Je ne suis pas musicienne et pour être tout à fait honnête j’écoute très peu de musique. Le thème de la musique pour moi était un prétexte, cela me permettait de parler d’écriture. Je suis sensible à la musique d’un texte et j’y accorde de l’importance. Comme beaucoup, j’écris à voix haute et tant qu’une phrase « grince », tant que je « bute » sur un mot, je ne passe pas à la suivante. Pour écrire La Partition, pour que cela sonne juste, j’ai écouté l’émission Les grands entretiens sur France Musique : des dizaines d’heures d’interviews de pianistes, de violonistes, de chefs d’orchestres pendant que je faisais mes courses, dans le métro, en cuisinant pour m’imprégner de leur langue.

SDLBB : Où commence le roman, où se termine la réalité ? L’épisode du fils abandonné est-il vrai ?

D.B. : Le point de départ est une correspondance réelle, mais le roman commence à partir du moment où j’ai cherché à remplir les trous. Pourquoi Bruno K n’est pas devenu l’artiste qu’il rêvait d’être et pourquoi cette fratrie a t-elle éclatée ? Il est certain que la frontière entre le réel et la fiction est très fine aussi parce que j’ai fait le choix de peu changer les prénoms. Je crois que ce parti pris vient d’un désir de ma part : faire des gens que j’aime des héros de roman. Dans La Partition je donne mon point de vue, mon interprétation par exemple pour l’abandon de Georgely. Cela a existé. Nous en avions tous connaissance, mes parents, mes sœurs, et moi. Pour ma part c’était l’histoire de notre famille, ni grave, ni exceptionnelle. Je l’avais banalisé. C’est en écrivant la scène de la négociation entre Koula et sa belle-mère, puis la scène de l’abandon que j’ai pris conscience de l’importance de ce drame dans la vie d’une femme et d’une famille.

SDLBB : Vous évoquez l’Histoire, la guerre, le bombardement de Bruxelles avec parcimonie, presque en filigrane. Était-ce un thème difficile à aborder ?

D.B. : Ce n’était pas un thème simple à aborder, comme la maternité, mais je ne pense pas l’avoir évité. La Partition n’est pas un roman sur la guerre mais le roman d’une famille de 1922 à 1977. Une famille qui comme beaucoup d’autres va traverser la guerre. La guerre est à l’origine de la séparation entre Bruno K et sa mère, du déménagement de Liège à Bruxelles, du concert manqué de Bruno K. Si ce jour là, les allemands n’avaient pas attaqué le fort d’Eben-Emael et la Belgique n’était pas entrée en guerre, si Bruno K avait pu donner son concert comme prévu au Conservatoire national de Liège, serait-il devenu un grand pianiste ?

SDLBB : Aujourd’hui, que ressentez-vous pour Koula, votre grand-mère ?

D.B. : Beaucoup de tendresse. Koula me touche et me fait rire. Je me mets à sa place : partir de chez soi et se marier à l’âge de 16 ans. Quand je pense à moi à 16 ans ! Je crois surtout que je suis fière d’être sa petite-fille. C’était un roman très joyeux à écrire, même s’il y a beaucoup de drames. L’écriture de La Partition m’a permis de comprendre beaucoup de choses, et les détours de la fiction de toucher, je crois, à une certaine réalité concernant ma famille. Souvent à mon bureau pendant que je travaillais, je me disais avec bonheur : « je viens de là, je suis de cette famille-là ».

 

Propos recueillis par Christiane Degrain