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Philippe Sabin : "Braises et lumière" à la galerie Arnaud Bard

Artiste explorateur, archéologue, anthropologue, Philippe Sabin nous ouvre à ses propres livres d'histoire, picturaux ou sculpturaux. Il crée des objets totémiques à l’occasion de cette carte blanche "Braises et lumière" à la Galerie Arnaud Bard de Boulogne Billancourt, du vendredi 20 novembre au samedi 12 décembre 2020.

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Du vendredi 20 novembre au samedi 12 décembre 2020
Galerie Arnaud Bard  > Horaires & informations  

A. Bard. : "Philippe SABIN est grand, élégant comme un Massaï, réfléchi, posé, sachant avec précision là où il veut nous emmener, «  dans son monde  ». Philippe SABIN est un artiste explorateur, archéologue, anthropologue, qui nous ouvre à ses propres livres d'histoire, picturaux ou sculpturaux. Il crée des objets totémiques qu'il sort de sa réflexion philosophique, déterrant les civilisations par des statuettes venant dont on ne sait de quel continent, et qui s’adonnent au Dieu soleil.
Son éventail d'exploration passe par des aplats, et quelle maîtrise ! Ses surfaces sont considérées, avec des bois travaillés au bord fracturés comme des infinito, maniant une palette au pigment inattendue avec des profondeurs proches des glacis Italiens. Ces surfaces enivrantes provoquent une irisation vibratoire instantanée en chacun de nous.
Philippe SABIN, dans cette carte blanche qui lui est consacrée, nous offre des cartes essentielles au repère des hommes que nous sommes, dans cette période où nous sommes malmenés.
L'énergie qui se dégage de ses œuvres sont d'un positivisme qui nous est offert pour nous réconcilier avec le monde.
L'homme est discret mais il faut savoir qu’il fut un créateur essentiel et incontournable du mouvement «  En attendant les barbares  » dans les années les plus influentes du design français du XXème siècle
." 

Entretien avec l'artiste

À quel moment avez-vous senti que vous deviendriez peintre ou sculpteur ?

Philippe Sabin : Comme c’est sans doute le cas pour de nombreux artistes, je n’ai jamais senti ce moment car, du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été artiste… L’art se confond avec ma vie et j’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui ont respecté ma vocation, à condition que je passe le bac. Par contre, chaque fois que je commence à créer, je me sens nu et démuni. Il est nécessaire de l’être, il faut se remettre dans l’état adamique, tout oublier, ne plus rien savoir, n’être plus rien, pour aller chercher au plus loin des choses inédites. C’est donc en réalité à chaque création nouvelle que je me sens devenir artiste.

Quels sont vos rituels dans votre atelier, avant de vous mettre au travail ?

P. S. : Pour que je puisse créer, c’est-à-dire oublier momentanément toutes règles et contraintes, mon atelier doit être parfaitement rangé, tout à fait en ordre. Non seulement chaque chose doit être bien à sa place, mais toutes les fournitures indispensables doivent être dûment approvisionnées. Il est en effet nécessaire que je puisse, durant le temps de la création, y mettre librement le chaos sans me soucier d’aucune contingence matérielle. C’est essentiel, j’ai besoin d’ordre avant le désordre. Mais cet espace neutre et bien ordonné devient très vite un véritable capharnaüm !

Quelle est l’inspiration à l'origine de vos créations ?

P. S. : Au début, mon inspiration était ces merveilleuses matières dont sont recouvertes les sculptures africaines. Les Africains les obtiennent par diverses opérations, dépôts de matières organiques, pigments naturels, enfouissement en terre, etc. Pour moi, ces matières étaient les couleurs d’une vie sombre et profonde qui m’attirait.  Au fur et à mesure, un peu de couleur est apparue, puis, un jour, la couleur pure est arrivée comme une explosion, mais il y a toujours, cachée au fond, comme la braise rougeoyante, la sombre matière cendrée !

Quel message transmettez-vous à travers vos oeuvres ?

P. S. : Une fois, ma mère a voulu me faire plaisir devant l’une de mes pièces, en commentant : “c’est très joli, on dirait un ciel de feu et la mer du sud avec une jonque”… Malheureusement, je compris que malgré ses efforts, elle restait tout à fait à côté de la chose. Mes pièces sont faites pour que l’on y reste, pas pour évoquer quelque chose d’autre que leurs formes ou leurs couleurs. Par exemple, il est très rare, dans la vie, de voir vraiment des couleurs. Le signal “STOP” est bien rouge, mais ce n’est pas sa couleur en soi qui nous arrête, c’est le signal du code de la route et l’amende. Certains philosophes pensent même qu’il n’existe de perception qu’en art. Dans la vie, nous ne voyons que des objets. L’art est l’occasion unique de faire des expériences impossibles dans la vie quotidienne, il faut en profiter !

Avec quel mentor aimeriez-vous partir sur une île déserte, et pourquoi ?

P. S. : Sans aucun doute, avec la Phénoménologie de l’Esprit, de Hegel - je lis et je surligne de la philosophie depuis très longtemps. Mais sur cette île, je prendrai aussi de nombreuses ramettes de papier, car j’écris aussi beaucoup de philosophie. Au cas où Renaud Barbaras, un phénoménologue français vivant, serait libre et dispo, je veux bien partir avec lui, mais je doute qu’il en ait envie…

Avez-vous une ou deux anecdotes à nous confier ?

P. S. : Oui, il y a de nombreuses années, un artiste encore débutant avait flashé sur mon travail. Quelle surprise peu agréable ce fut pour moi de découvrir sa première expo dans une magnifique galerie près de l’avenue Matignon, moi qui ramait pour exposer ! Mais le plus beau, c’est qu’il avait complètement reproduit mes œuvres, sans aucun souci d’authenticité dans la facture des pièces exposées. Je me consolais en pensant qu’il valait mieux être copié que de copier. Pour compenser cette mauvaise surprise, en voici une bonne : je découvris un jour sur Internet que l’un de mes petits objets en bronze doré, une sorte de pendentif, était proposé à la revente. Quelqu’un l’avait acheté et, lui donnant sans doute de la valeur, l’avait remis en vente, comme un véritable objet d’art. J’étais très fier de cet anonymat : c’est comme si je devenais quelqu’un d’autre, en plus célèbre.