Paroles de boulonnais

Maître Gwenola Le Cloirec, commissaire-priseur œuvrant en faveur de la Culture

Cette ville me plaît aussi par sa personnalité, son patrimoine Art déco, ses parcs, ses promesses architecturales.

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Gwenola Le Cloirec est commissaire-priseur, un métier aux facettes multiples qui a récemment beaucoup évolué. En plus de ses activités de conseil, évaluations, adjudications, cette Boulonnaise de longue date met ses compétences au service de l’action de la ville en faveur des acteurs de la culture.

«  II faut bien le reconnaître, en ce moment, le marteau me manque  », dit en souriant Maître Gwenola Le Cloirec, commissaire-priseur boulonnaise, nostalgique du «  tombé de marteau  », ce geste si symbolique qui fige la vente et son prix, devenu plus rare en ces temps digitaux. Avec cette élégante trentenaire, on est loin de l’image traditionnelle, un brin figée, de cette profession mal connue et pourtant indispensable. C’est de passion dont elle parle, d’abord celle des objets d’art sous toutes leurs acceptions, y compris leur évaluation : «  Ça ne me dérange pas de donner un prix à un objet.  » Et, surtout, de l’adrénaline de la vente, du contact avec le public, avec la salle, qu’il faut «  sentir  » comme le fait un artiste, pour que les enchères satisfassent vendeurs et acquéreurs.

Au cours de mes études, je me destinais plutôt au journalisme. Ma vocation s’est exprimée à l’occasion de mon premier stage, que j’ai eu la chance de faire chez Sotheby’s. J’y ai fait des recherches sur les objets, participé aux ventes. Et je me suis dit que c’était là, au marteau, que je voulais être.

Un chemin se dessine, plutôt ardu. Diplômes d’histoire de l’art et de droit en poche, il faut préparer un examen exigeant. Puis, deux ans de stages et une épreuve de sortie «  tour de salle  », qui consiste à être capable d’expertiser et d’évaluer des objets divers devant un jury, et de répondre à des questions tous azimuts. Un savoir éclectique qui s’acquiert dans les livres, mais exige aussi «  d’avoir vu toutes les expositions et la quasi totalitédes musées !  »
Une expérience et une culture indispensables car la palette d’interventions d’un commissaire-priseur est vaste. Il cumule deux fonctions : une partie dite «  judiciaire  », qui lui confie une mission légale d’évaluation dans le cadre de tutelles, curatelles, successions, procédures collectives, appelée désormais, depuis 2020, profession de «  commissaire de justice  ». Et un volet «  ventes volontaires  », qui permet l’organisation de ventes aux enchères d’objets confiés volontairement pour être vendus.

Le conseil, partie intégrante du métier

Fin 2018, Gwenola Le Cloirec, après plusieurs années passées à faire ses armes à Versailles et à Paris, notamment à Drouot, décide de créer Boulogne Enchères suite à sa nomination comme commissaire-priseur judiciaire à Boulogne-Billancourt.

Je n’aurais pas imaginé le faire ailleurs qu’à Boulogne-Billancourt. J’y habite, cette ville me plaît aussi par sa personnalité, son patrimoine Art déco, ses parcs, ses promesses architecturales. Le musée des Années 30 n’est pas assez visité, il contient des merveilles.

Depuis, Boulogne Enchères propose un peu plus d’une dizaine de ventes par an, en ligne ou physiques. Certaines sont dédiées au vin, à la mode, à l’art contemporain ou à la joaillerie, une spécialité de Maître Le Cloirec, diplômée en gemmologie.

En 2020, pour étoffer l’équipe, elle s’est associée à Maître Aurélie Vassaux, également boulonnaise. Le conseil fait partie intégrante du métier, pour la vente comme pour les acquisitions, qui peuvent inciter à débuter une collection.

C’est souvent une bonne idée de passer nous voir avant l’achat d’une photographie ou d’un bijou. Nous avons des artistes avec une cote, pas plus chers que des objets de déco, ou des bijoux anciens qui sont originaux. 

Sans oublier les estimations qui permettent parfois de découvrir des trésors, comme ce pied de lampe Daum trouvé au fond d’une armoire ou ces dessins sortis d’un vieux carton, de l’artiste chinois Zao Wou-Ki, qui sont partis sous le marteau à 30 000 euros chacun… Régulièrement, la commissaire-priseur participe bénévolement aux Journées du patrimoine, proposant des expertises gracieuses.

Je vois alors des personnes qui, là, osent demander une évaluation. Comme cette grand-mère venue avec une ménagère en argent qu’elle voulait offrir en cadeau de mariage à son petits-fils en étant rassurée sur son authenticité.

Une vente pour aider les acteurs de la culture

Crise sanitaire oblige, il a fallu évoluer vers des ventes digitales. Elles se déroulent soit «  à huis clos  » par internet et au téléphone, sous la direction de Maître Le Cloirec. Ou «  en ligne  » sur un temps restreint, souvent dix jours, pendant lesquels les enchères se cumulent jusqu’au terme défini à l’avance.

Il faut s’adapter à chaque fois. Mais il est sûr que nous touchons par internet beaucoup de collectionneurs, parfois habitant loin.

C’est encore bénévolement qu’elle orchestrera des enchères inédites, en direct, le mercredi 31 mars. Une vente digitale «  hors les murs  » en passant par la plate-forme DrouotDigital, de plusieurs dizaines d’oeuvres proposées par les galeristes boulonnais. C’est une évidence pour elle de s’associer à ce geste de soutien, organisé par la Ville, pour les acteurs de la culture.