Parmi elles, figurent les abbesses de Montmartre, seigneuresses des terres boulonnaises au Moyen Âge.
Deux rues rendent toujours hommage à ces religieuses : la rue de La Rochefoucauld, percée vers 1750, rappelle Catherine de La Rochefoucauld de Cousage, abbesse de 1731 à 1760, tandis que la rue de Montmorency honore celle qui lui a succédé : Marie-Louise de Laval-Montmorency, 43e et dernière abbesse de Montmartre.
Chassée de l’abbaye en 1792 par les révolutionnaires, elle fut arrêtée, emprisonnée, condamnée pour complot contre la République et finalement guillotinée en juillet 1794.
Autre figure majeure : celle d’Alice Sollier, dont l’histoire est connue grâce à Pierrette Caire-Dieu, spécialiste de l’histoire de la médecine. Née en 1861, Alice Mathieu-Dubois est la fille d’un ancien esclave guyanais devenu dentiste. Élevée seule par son père, elle accomplit un parcours scolaire exceptionnel et devient, en 1879, la première femme noire à obtenir le baccalauréat. Elle poursuit des études de médecine dans un environnement encore hostile aux étudiantes, subissant remarques racistes et moqueries d’étudiants. Malgré cela, elle réussit brillamment : reçue à l’externat en 1883, elle soutient sa thèse en 1887, peu après la naissance de sa fille. Elle choisit la neurologie plutôt que la dentisterie et codirige avec son mari Paul Sollier le sanatorium de Boulogne-sur-Seine, construit en 1897 à l’angle des actuelles rue Yves Kermen et avenue du Général Leclerc. Durant la Première Guerre mondiale, alors que son mari est mobilisé, elle assure seule la gestion de l’établissement et l’évacuation des malades, ce qui lui vaudra la Légion d’honneur en 1925. Le sanatorium ferme ses portes en 1921 et laisse place à l’hôpital Ambroise-Paré en 1923. Alice meurt en 1942.
Elle compte parmi les 72 femmes scientifiques dont les noms ont été proposés pour leur inscription prochaine sur la tour Eiffel.
Le sport féminin se distingue aussi à Boulogne-Billancourt grâce à la figure de Thérèse Laloz, pionnière de l’athlétisme et joueuse internationale de football. Née en 1898 à Charleville, elle pratique demi-fond et football au plus haut niveau, tout comme sa sœur jumelle Geneviève. Installée à Boulogne-sur-Seine au début des années 1920 avec sa famille – elle est l’aînée de huit enfants – elle épouse le 2 août 1924 René Juge, lui aussi athlète. Elle meurt prématurément l’année suivante, à seulement 26 ans.
Enfin, la danseuse étoile Madeleine Lafon représente l’excellence artistique. Née en 1923, elle entre à 10 ans à l’école de danse de l’Opéra de Paris, où elle reçoit l’enseignement de maîtres prestigieux tels que Serge Lifar. Première de sa promotion en 1941, elle devient première danseuse en 1946, puis étoile en 1952, notamment grâce à son interprétation improvisée de Blanche-Neige. Elle participe à de grandes créations, dont Le Palais de cristal de Balanchine, et demeure une figure notable du ballet d’après guerre. En 1960, elle se consacre à l’enseignement, d’abord au conservatoire de Créteil, puis, à partir de 1963, à l’école de danse de l’Opéra de Paris et au conservatoire de Boulogne-Billancourt, où elle exercera ses fonctions jusqu’à sa mort en avril 1967, à l’âge de 44 ans. Quelques mois après son décès, un médaillon en bronze représentant le profil de la danseuse est installé dans le conservatoire en mémoire de celle que Marcel Landowski évoquait en ces termes : « Elle était la vie même. Son enthousiasme et sa foi pour la danse, elle avait su les communiquer à ses élèves, en particulier à nos élèves de Boulogne! »
Qu’elles aient été religieuses, scientifiques, sportives ou artistes, ces femmes ont participé au rayonnement de la ville. Leur contribution, longtemps discrète, a pourtant été essentielle à l’identité de Boulogne-Billancourt. Et bien d’autres destins d’exception restent encore à découvrir.

