Sept films évoqués en sept rues tracées sur le terrain même où se dressaient les mythiques studios de Billancourt… La ville du cinéma s’est singularisée de belle manière en gravant les plaques de noms de films appartenant au patrimoine français. Du premier, L’Arroseur arrosé (Auguste et Louis Lumière - 1895), à La Grande Illusion (JeanRenoir - 1937), Le jour se lève (Marcel Carné - 1939), et jusqu’à La Voie lactée (Buñuel - 1969). Et aussi...
La Belle Epoque reconstituée
1952 est également une belle année quai du Point-du-Jour. Sur l’un des immenses plateaux, l’équipe de Casque d’or s’est installée, avec Jacques Becker aux commandes. Il est un familier des lieux, il a travaillé comme assistant de Jean Renoir, en particulier sur le tournage de La Grande Illusion. Les studios boulonnais, à la pointe du progrès technique, permettent une reconstitution soignée de la Belle Époque. Simone Signoret y est Marie, que sa chevelure dorée fait surnommer Casque d’or. De petite vertu mais possédant un grand cœur, elle s’éprend d’un voyou repenti, Manda (Serge Reggiani), qui tombe à son tour amoureux fou. Le film ne fut pas un succès à sa sortie, mais son réalisateur, dont c’était le long-métrage préféré, y gagna une image de cinéaste de référence, qui influença notamment la Nouvelle Vague. Petit clin d’œil : on entend, dans le film, une chanson écrite par un Boulonnais : l’intemporelle Temps des cerises, de Jean-Baptiste Clément
L'enfant chéri du cinéma français
Dans le même temps, un énorme futur succès populaire scénarisé par Henri Jeanson se tourne sur les plateaux : Christian-Jaque dirige l’enfant chéri du cinéma français, Gérard Philipe, dans un film de cape et d’épée qui le fait sauter de toit en dos de cheval tout en ferraillant avec espièglerie. Le tournage de Fanfan la Tulipe est d’ailleurs interrompu à plusieurs reprises, car l’acteur, assurant luimême ses cascades et mettant bien du cœur à l’ouvrage, se blesse plusieurs fois. Quant à la jolie Gina Lollobrigida, elle trouve là le premier grand rôle qui lancera sa carrière. L’histoire du bondissant Fanfan fera des émules, d’autres longs-métrages suivront, avec cependant moins d’éclat que le film de 1952, qui a été restauré récemment.
Un chef-d'oeuvre absolu
La balade boulonnaise au cœur du cinéma français peut aussi se poursuivre rue des Enfantsdu-Paradis, du nom du film où l’inoubliable Arletty trouve avec la provocante Garance son plus joli rôle. Tourné sous l’Occupation, sur un scénario de Prévert, sa réalisation par Marcel Carné fut périlleuse, entre coupures d’électricité et manque de pellicule. Considéré comme un chef-d’œuvre absolu, il figure en tête des très nombreux classements de meilleurs films de l’histoire du cinéma et au patrimoine mondial de l’Unesco. Même François Truffaut, pourtant critique sur les films de cette époque, dira à la fin de sa vie : « J’ai fait 23 films, mais je les donnerais tous pour avoir fait "Les Enfants du paradis". »



