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Archives, Histoire

La grande époque des charivaris

Au début des années 1960, à l’approche des beaux jours, Boulogne-Billancourt devenait une fête à ciel ouvert à l’occasion d’un grand charivari annuel. Organisé par la municipalité, le comité des fêtes et l’Union des commerçants, artisans et petits industriels, il faisait la joie des grands comme des petits.

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Le mot charivari est tiré du latin caribaria, lui-même emprunté à un terme grec signifiant "mal de tête" : mal causé par le bruit fait par un cortège à l’aide d’objets de toutes sortes, généralement détournés de leur usage traditionnel, comme des ustensiles de cuisine.
À Boulogne-Billancourt, ni poêles ni casseroles, mais des groupes musicaux qui, pendant plus d’une semaine, donnaient aux rues de la ville des allures de kermesse. Le charivari de l’année 1963, placé sous le signe de la culture, est celui qui a laissé le plus de traces dans les archives.

Une grande semaine de fête

Quelques semaines avant l’événement, les boutiques étaient décorées pour le concours de la plus belle vitrine. Mais tout commençait vraiment le vendredi par une inauguration officielle, avec une exposition d’œuvres des artistes de Montmartre et un gala de variétés sur le podium installé devant l’hôtel de ville. Voilà qui lançait joyeusement dix jours d’animations incessantes. Dès le lendemain, on croisait dans les rues des groupes folkloriques, un accordéoniste jouant quelques airs de rengaine, mais aussi des clowns et des dresseurs d’animaux, chiens, ours et chèvres escaladeuses. Les plus hardis pouvaient s’approcher du charmeur de vipères tandis qu’à quelques pas, un fakir se transperçait la chair. Le dimanche, une grande course de garçons de café voyait s’affronter les plus habiles d’entre eux. Sur plus de 7 km, les compétiteurs arpentaient les pavés boulonnais, déambulant entre les voitures sans renverser les trois bouteilles et le verre disposés sur leur plateau : les animations se succédaient chaque jour. Mais ce que le public attendait avec impatience, c’était le grandiose défilé de carnaval du samedi suivant.

Un cortège tonitruant

À 20h, depuis l’avenue du Général-Leclerc, s’élançaient fanfares, majorettes, voitures décorées et chars tractés par des camionnettes ou des véhicules agricoles. Ainsi, un dinosaure précédait Ben-Hur, lui-même suivi de Cendrillon, qui côtoyait les danseuses du Moulin-Rouge. D’énormes lions et éléphants semblaient s’être échappés du char dédié au cirque. Le char de la reine, accompagnée de ses demoiselles d’honneur saluant gracieusement la foule, fermait la marche. L’euphorie et les batailles de confettis étaient à leur comble quand une troupe reprenait en chœur les paroles d’une samba endiablée : "Mais qu’est-c’qui résonne dans Boulogn’ épanoui ? C’est l’charivari. Quell’ est cette fièvr’ du Pont de Sèvres à Paris ? C’est l’charivari. Et s’il y a d’l’amour à Billancourt. Au point du Point-du-Jour. C’est l’charivari" À partir de 22h, les salons d’honneur de la mairie accueillaient le bal de nuit au cours duquel était élue Miss Charivari et qui venait terminer cette journée d’exception. Les festivités s’achevaient le dimanche par un lâcher de pigeons entre Tours et Boulogne-Billancourt, organisé par la société colombophile, et un grand bal populaire sur le parvis de l’hôtel de ville. Malgré un franc succès – plus de 50 000 visiteurs chaque année – cet événement n’apparaît dans les archives qu’entre 1961 et 1963 et ne semble pas s’être prolongé au-delà de cette date.