Fabrice Humbert, un écrivain dans la ville

"On est bien ici, on a tout à portée de main. Pour les enfants, c’est irremplaçable : la qualité des écoles, les parcs, l’ACBB Judo. Et la médiathèque du Point-du-Jour et sa formidable équipe, géniale pour les petits. Nous y sommes souvent !"

Un portrait dans le BBI ? Pour un Boulonnais pur jus comme moi, c’est avec grand plaisir !

Ce ne fut pas difficile de convaincre Fabrice Humbert de répondre à nos questions. Le plus compliqué a été de fixer le rendez-vous avec cet écrivain en pleine promotion de son dernier roman. Soit quelques jours après son passage à "La Grande Librairie", de retour d’une tournée en Belgique, et avant de repartir sur les routes de France pour des salons ou des rencontres littéraires… Dans son appartement boulonnais aux murs couverts de livres, ce quadra chaleureux affirme qu’un article dans le magazine municipal "est aussi important qu’un article dans la presse généraliste". Il évoque facilement son quotidien à Boulogne-Billancourt, où il vit depuis une bonne vingtaine d’années, où grandissent ses deux enfants, où il écrit ses livres : "On est bien ici, on a tout à portée de main. Pour les enfants, c’est irremplaçable : la qualité des écoles, les parcs, l’ACBB Judo. Et la médiathèque du Point-du-Jour et sa formidable équipe, géniale pour les petits. Nous y sommes souvent !" Il connaît tout de son quartier, les bons petits restaurants, les commerçants, prolonge les week-ends à La Seine Musicale. Il résume : "C’est MA ville."


LE MARATHON DE LA RENTRÉE LITTÉRAIRE

La rentrée littéraire constitue toujours un moment compliqué pour l’écrivain à la solide notoriété, dont un nouveau livre vient de paraître. Fabrice Humbert enfile alors plusieurs habits. Il reste professeur de littérature dans les classes préparatoires littéraires et commerciales (hypokhâgne et ECG) du lycée La Bruyère de Versailles. Et l’auteur doit s’organiser pour faire face aux exigences de la nécessaire médiatisation : salons, signatures, dédicaces, mais aussi plateaux télé, émissions radio, rendez-vous avec des journalistes, des youtubeurs… Un exercice suscitant un "mélange de fatigue et de pression", pour lequel il faut être à chaque fois disponible, détendu, juste. Il éclate de rire en avouant, lui, le sportif joueur de tennis assidu, également "grand nerveux", s’être mis au yoga pour mieux gérer cet emploi du temps intense tout au long de l’automne.

UN DIXIÈME ROMAN, À LA FOIS CONTE ET VOYAGE INITIATIQUE

La vocation est ancienne. À 20 ans déjà, il écrit. "On met un certain temps à trouver sa voix, son style, à tenir la longueur sur un livre". Il envoie ses manuscrits à des éditeurs, reçoit des refus : "C’est douloureux, mais il ne faut pas s’arrêter à ces échecs. On y trouve les ressources pour continuer et avancer." Dix romans plus tard et plusieurs prix, dont cette année le prestigieux Grand Prix Michel-Déon de l’Académie française, qui lui sera remis le 4 décembre, il publie De l’autre côté de la vie (Calmann-Lévy). Un roman à la fois conte, dystopie, voyage initiatique, dans lequel on découvre l’histoire d’un homme, père de deux jeunes enfants, qui fuit Paris en feu en proie à la guerre civile. Il veut rejoindre une "République du Jura" chimérique, un refuge. Pour y parvenir, il doit traverser un pays ravagé, une route semée de dangers, mais également de rencontres, certaines lumineuses. Il faut sauver les enfants, trouver un refuge d’humanité. "Quand il n’y a plus de société, on voit ce qui est le plus essentiel à l’homme."

AU SALON DU LIVRE DE SA VILLE

Il a puisé les idées dans les ouvrages du genre postapocalyptique, les BD en particulier, mais aussi chez Primo Levi. Cette narration l’a embarqué, il a écrit "instinctivement", racontant au passage cette France des routes et des sentiers qu’il aime passionnément. L’accueil fait au livre est enthousiaste : "roman ardent" (Le Point) ; "il fait résonner l’humain menacé" (Augustin Trapenard, La Grande Librairie) ; "un roman tout à la fois brillant, trépidant, perturbant, qui pose de véritables questions sur la stabilité de notre société " (Le Figaro). Qu’on se rassure, Fabrice Humbert y tient, la fin est positive, ça fait partie de son rôle de romancier : "J’ai écrit certes de manière pulsionnelle, mais il est nécessaire de clôturer sur une note d’espoir." Une des prochaines étapes de son marathon littéraire? L’une des plus importantes à ses yeux, aller à la rencontre des Boulonnais lors de "notre" Salon du livre en décembre. L’entretien se termine. Fabrice Humbert déploie en souriant sa longue silhouette. Il doit aller chercher ses enfants à la sortie de l’école.

Fabrice Humbert sera en dédicace à la librairie Les mots et les choses le jeudi 6 novembre 2025 à 19h.
Il sera présent au Salon du livre de Boulogne-Billancourt les samedi 6 et dimanche 7 décembre 2025, et en rencontre samedi 6 décembre à 16h à l'hôtel de ville.

Repères
- 2009 : L’Origine de la violence. Prix Orange du livre. Prix Renaudot du livre de poche (2010), adapté au cinéma par Élie Chouraqui. - 2010 : La Fortune de Sila Prix Jean-Jacques Rousseau. Grand Prix RTL-Lire 2011
- 2012 : Avant la chute
- 2015 : Eden Utopie
- 2020 : Comment vivre en héros et Le monde n’existe pas, adapté en série (2024) par Erwan Le Duc sur Arte