Culture, Histoire

Jacqueline Auriol : Vivre pour voler, voler pour vivre

Pilote d’essai, elle alliait le courage et la détermination. Elle était aussi une femme engagée, dont la meilleure amie s’appelait… Simone Veil, qui elle aussi a donné son nom au lycée boulonnais de la place Jules-Guesde.

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15 août 1953, base aérienne d’Istres. Le Mystère II, avion à réaction, fer de lance de l’armée de l’air, attend son pilote. C’est une jeune femme qui s’avance, fine, blonde, les yeux bleu ciel. Pilote chevronnée, Jacqueline Auriol va gagner quelques minutes plus tard le titre de femme la plus rapide du monde, la première Européenne à franchir le fameux mur du son. C’est loin d’être son premier record, ni le dernier. Et pourtant…

Quelques années auparavant, en juillet 1949, elle n’est qu’une simple passagère d’un bimoteur amphibie en phase d’essais. L’appareil heurte l’eau et se retourne; on l’en sort complétement défigurée. Elle subit 22 opérations chirurgicales, surmonte les terribles séquelles physiques et psychologiques de l’accident. Renaît, reprend les commandes.

La presse s’empare de cette histoire de courage et de résilience. En ces temps où une femme ne peut ouvrir un compte en banque sans la permission de son mari, l’épopée de Jacqueline force le respect et passionne l’opinion. Pilote d’essai, elle aligne les records, d’autant qu’elle a en face d’elle la pilote Jacqueline Cochrane, une rivale de talent qui ne lui concède rien.

La Française et l’Américaine vont pendant des années se répondre à coups de records de vitesse que les journaux, de part et d’autre de l’Atlantique, décrivent comme «  la guerre des Jacqueline  ». Le duel s’arrête dans les années 60 avec une jolie conclusion: elles sont devenues amies.

Au cours de sa carrière, Jacqueline Auriol aura piloté 150 types d’avions dont le mythique Mirage III. «  Je m’étais fait, toute seule, une petite place dans cet air limpide et ensoleillé, où j’aimais tant voler  », explique-telle dans son livre Vivre et voler.

JACQUELINE AURIOL ET SIMONE VEIL, DEUX GRANDES VOYAGEUSES

Quand Jacqueline Auriol met un terme à sa carrière de pilote d’essai, elle devient la plus illustre ambassadrice de l’aéronautique française.

Curieuse de cultures différentes, avide de découvrir de nouveaux visages, elle voyage beaucoup avec sa complice Simone Veil, «  qui apporte son sens de la mesure, son esprit rationnel, son sens de l’organisation à l’aventure  ».

Un équilibre à la fantaisie et au sens de l’improvisation de Jacqueline, qui néanmoins s’engage auprès de son amie dans la lutte pour l’émancipation des femmes, le progrès et la tolérance. En 1968, elle écrit pour témoigner de son parcours, avec justesse et aussi une inaltérable modestie. : «  Une vie vécue dans l’enthousiasme est une chose assez rare pour qu’elle vaille d’être contée.  »