Né le 29 août 1858 à Saint-Germain-en-Laye, Salomon Reinach poursuit de brillantes études malgré une santé fragile. Devenu élève de l’École normale supérieure, agrégé de grammaire, il s’y distingue et fait paraître un manuel de philosophie classique, dont un exemplaire sera même envoyé par le père de Salomon Reinach à son ami le baron Edmond de Rothschild. En 1879, il rejoint l’École française d‘Athènes, et parcourt la Grèce pour y mener des fouilles archéologiques. Revenu à Paris, il est chargé de cours au musée du Louvre avant d’être nommé attaché au musée des Antiquités nationales, dont il devient le conservateur adjoint en 1893, puis le directeur à partir de 1902. À la fois archéologue, philologue, épigraphiste, historien de l’art et des religions, auteur de plus de 7000 articles et d’une centaine d’ouvrages, Salomon Reinach a marqué son temps par sa très grande érudition, ce qui lui a valu d’être élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres et membre de l’Institut.
Rose Reinach, héroïne discrète de la Première Guerre mondiale
Figure moins connue, car très discrète, Rose Reinach n’en a pas moins eu un destin passionnant. Née le 11 août 1865 à Odessa (Ukraine), Pescia (ou Pessa), Rivka Margoulieff grandit dans une famille juive. Au terme de brillantes études secondaires, elle n’obtient pas l’autorisation de poursuivre ses études en Russie. Elle décide de se rendre à Paris pour s’inscrire à la faculté de médecine. Elle obtient son diplôme – avec mention « très bien » – et retourne dans son pays natal où, malgré plusieurs soutiens, elle ne peut exercer en raison des restrictions d’accès à certaines professions imposées aux personnes d’origine juive. De retour en France, elle épouse Salomon Reinach en 1891. À compter de 1900 et pour trente ans, elle devient présidente de la Maison de refuge pour l’enfance israélite de Neuilly. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, elle continue son activité de médecin civil mais contribue à l’effort de guerre en exerçant dans plusieurs hôpitaux parisiens auprès de grands blessés. Sa correspondance, conservée à Lyon, laisse apparaître son fort engagement auprès des plus démunis ; elle se charge notamment d’envoyer elle-même des colis aux soldats et à leurs familles dans le besoin. Elle reçoit la Légion d’honneur en 1921.
La maison des Reinach, un haut lieu d'érudition
Le couple Reinach s’installe à Boulogne-sur-Seine en 1911, au n°16 de l’avenue Victor-Hugo (actuelle avenue Robert-Schuman), dans une spacieuse demeure – une des plus belles du Parc des Princes selon les contemporains – entourée de superbes jardins. Les meubles de styles Louis XV et Louis XVI y côtoient les tableaux de maîtres. Mais ce qui fait la réputation du lieu, c’est la bibliothèque constituée par Salomon Reinach. Elle fait l’admiration des convives : collaborateurs étrangers de passage, membres de l’Institut, auteurs renommés – citons entre autres Henri Bergson et Thomas Mann – , têtes couronnées... Tous sont accueillis par Rose avant d’être reçus par le maître des lieux dans son cabinet de travail. Salomon Reinach décède d’une pneumonie le 4 novembre 1932 dans sa demeure boulonnaise. Il est rejoint dans la mort par Rose quelques semaines plus tard, le 18 janvier 1933. Suivant ses volontés testamentaires, la riche bibliothèque constituée par Salomon Reinach est en partie léguée au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain, où les ouvrages intègrent le fonds gallo-romain, tandis que le reste est confié à la faculté des lettres de Lyon, formant une bibliothèque portant son nom et aujourd’hui intégrée aux collections de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée. Sa correspondance est quant à elle déposée à la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence. La propriété sera peu à peu délaissée. Réquisitionnée par les troupes allemandes puis américaines pendant la Seconde Guerre mondiale, elle abritera un temps un centre de formation pour jeunes filles avant d’être vendue et démolie dans les années 1960.

