Mardi 23 décembre 2025. En plein milieu des travaux de réaménagement du square Léon-Blum, l’entreprise de fontainerie chargée de l’ouverture d’une tranchée pour l’adduction d’une fontaine découvre un souterrain. Il s’agit d’une galerie visitable, accessible à l’homme car haute d’environ deux mètres. Répartie en trois segments perpendiculaires, elle mesure 25 mètres de long. À chaque virage, on observe des portes en bois et de petites alcôves. L’état général est bon. Les voûtes et les murs sont sains. Deux banquettes linéaires en béton sont disposées de part et d’autre. L’analyse des matériaux, de la profondeur et des méthodes de construction indique son usage. Il s’agit d’un abri de défense passive datant de la Seconde Guerre mondiale. Si cette découverte historique a stoppé les travaux et modifié leur calendrier, elle est une opportunité pour la Ville d’en faire un lieu de mémoire de la défense passive et des bombardements d’avril 1942 et de mars 1943 à Boulogne-Billancourt. Il sera nécessaire de modifier la position de la tranchée et de renforcer la voûte au droit du chemin pour créer un accès visitable.
Un lieu de mémoire de la défense passive
La notion de défense passive a émergé dès la Première Guerre mondiale, mais surtout dans les années 1920, dans le climat d’inquiétude lié au contexte politique international. Comment protéger les populations civiles, notamment en cas de nouveau conflit avec l’Allemagne ? En avril 1935, une loi organise la défense passive et les mairies doivent faire l’inventaire de tous les abris naturels susceptibles d’être mis à disposition des civils : caves d’immeuble, couloirs de métro et carrières. En cas d’absence de ces abris naturels, il faut prévoir des constructions ex-nihilo. Le 13 juillet 1938, est publiée la loi de défense nationale sur l’organisation de la nation en temps de guerre afin d’assurer la sécurité de la population française en cas de conflit armé. Elle sera suivie en 1939 de plus de 35 textes relatifs à la défense passive contre les attaques aériennes parus au Journal officiel. À Boulogne-Billancourt, 13 abris ont ainsi été construits, notamment au square de l’Ancienne-Mairie (actuel square Léon-Blum).
Les abris de défense passive à Boulogne-Billancourt
Caves des immeubles et bâtiments publics
Les caves d’immeubles de plus de quatre étages étaient considérées comme pouvant être des abris et devaient être contrôlées par un architecte de la défense passive pour décider s’il fallait les renforcer ou non. Plusieurs dizaines de caves privées sur l’ensemble du territoire ont ainsi pu être converties en abris à la suite de leur étaiement. Les caves de certains bâtiments publics ont été utilisées : celles de l’ancienne justice de paix au 83, boulevard Jean-Jaurès (bâtiment disparu), l’ancienne mairie, au cœur du square Léon-Blum, la salle des fêtes (actuel espace Bernard-Palissy), l’hospice des vieillards (centre des Abondances), les groupes scolaires Ferdinand-Buisson, Thiers et Jean-Baptiste-Clément, mais aussi l’hôtel de ville.
Abris aménagés par le service des Ponts et Chaussées
Aménagés en 1939, il s’agissait de constructions très simples qui comportaient des chicanes ou des angles droits pour casser l’effet de souffle des bombes. L’ensemble de ces tranchées et abris pouvait accueillir 8000 personnes.
Dans les archives, on trouve trace d’abris dans 8 lieux :
• 2 abris dans le square de l’Ancienne-Mairie (actuel square Léon-Blum), le long de la rue de Châteaudun et de la rue de Billancourt, mais également au centre du square;
• 2 abris sous la place du Parchamp;
• 1 abri à l’angle de la rue des Abondances et de la rue Legret (rue disparue à proximité de l’actuel centre gérontologique des Abondances); • 1 abri à l’angle de la rue Gallieni et de la rue Paul-Constant;
• 1 abri sous le terrain délimité par l’avenue Pierre-Grenier, la rue de Seine et la rue du Point-du-Jour;
• 2 abris sur un terrain rue de la Belle-Feuille;
• 1 abri à l’emplacement de l’actuel stade Le Gallo;
• 3 abris dans le square Henri-Barbusse.
Stations de métro
Le métro a servi à la fois d’unique moyen de transport collectif et de refuge pour les habitants. Lors du bombardement du 4 avril 1943, la station de métro Pont-de-Sèvres s’est effondrée, ce qui a causé de nombreuses victimes.
Les bombardements de 1942-1943 à Boulogne-Billancourt
Boulogne-Billancourt a été endeuillée par quatre bombardements alliés qui visaient les usines Renault, travaillant pour l’Allemagne, afin d’interrompre leur production. Les plus meurtriers furent ceux du 3 mars 1942 par la Royal Air Force britannique et du 4 avril 1943 par l'aviation américaine, faisant des victimes civiles et détruisant près d’un quart du territoire. Les sources indiquent les chiffres suivants : 373 morts et 317 blessés le 3 mars 1942 ; 313 morts et 518 blessés le 4 avril 1943 ; 4 morts le 3 septembre 1943 ; 5 morts le 15 septembre 1943. Ces bombardements feront 13000 sinistrés. L’école de la rue de Clamart sera détruite, tout comme l’église de l’Immaculée-Conception alors située place Bir-Hakeim, l’ancien hôpital Ambroise-Paré ou l’auditorium du square Henri-Barbusse.
Aurélien H., chef de projet à GPSO chargé du réaménagement du square Léon-Blum, premier témoin de la découverte de l’abri du square Léon-Blum :
Quand les fontainiers nous ont appelés, nous nous sommes glissés dans l’interstice et sommes descendus voir le souterrain. Ayant quelques connaissances des abris passifs par intérêt personnel, j’ai tout de suite pris conscience qu’il s’agissait d’un abri anti-aérien. La voûte en béton grossier, les assises et les portes en bois à chaque angle… Puis la découverte d’une pièce de monnaie de l’État français datant de 1942. Cela a confirmé notre première impression. Il y a de l’émotion à découvrir un lieu chargé d’histoire comme celui-ci.
Appel à témoignages
Vous avez vécu à Boulogne-Billancourt lors de la Seconde Guerre mondiale et avez été témoin de bombardements ou d’alertes ? Merci de bien vouloir apporter votre témoignage. Ce souvenir précieux alimentera les archives municipales. Contact : rédaction du BBI. Par mail : bbi@mairie-boulogne-billancourt.fr. Par courrier : BBI – direction de la communication – 26, avenue André-Morizet - 92100 Boulogne-Billancourt.
Mémo : réouverture du square Léon-Blum
À la suite de la découverte de l'abri anti-aérien, les travaux ont été retardés de quelques jours. Le square rouvrira le vendredi 13 février.

