À 26 ans, Marie-Anne Carpine est chercheuse en astrophysique. Doctorante de l’université Paris-Saclay au CEA, elle étudie la poussière d’étoiles et soutiendra sa thèse le 23 novembre prochain.
Le mercredi 7 octobre, elle a reçu le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science à l’Institut de France. Cette distinction met chaque année à l’honneur des jeunes femmes scientifiques pour l’excellence de leurs recherches et pour leur donner les moyens de poursuivre leurs travaux. Les lauréates s’engagent à transmettre leur passion aux futures générations de chercheuses.
« J e me suis toujours amusée dans mes études, toujours avide de découvrir ce que me réservait la suite », déclare Marie-Anne Carpine. Dans son enfance, elle développe une appétence pour les sciences : « Les mathématiques d’abord, puis, dès que j’ai commencé la physique, celle-ci m’a tout aussi vite passionnée. » Elle choisit cette voie « pour comprendre le monde qui nous entoure ». Après les classes préparatoires à Nice, elle intègre l’École polytechnique. De 2022 à 2023, elle poursuit sa formation à l’Isae-Supaéro, à Toulouse, où elle s’intéresse au spatial et à l’astrophysique théorique. Puis, Marie-Anne se spécialise au laboratoire Astrophysique, instrumentation, modélisation (AIM) du CEA Saclay, où elle prépare une thèse depuis 2023.
Le thème ? Comprendre les propriétés physiques de la poussière d’étoiles qui donne naissance aux planètes. « La poussière interstellaire ou, plus poétiquement, la poussière d’étoiles, est très importante dans la formation planétaire. Dans notre galaxie, entre les étoiles, il existe une certaine quantité de gaz et de poussière, explique la jeune scientifique. La poussière, ce sont tous les petits grains de matière solide, de l’ordre du nanomètre au micron, comme des grains de sable. Ils sont installés dans les parties diffuses du milieu interstellaire et dans les parties un peu plus denses, où ils sont un peu plus gros. »
Dans notre galaxie, ces grains de poussière évoluent notamment autour des très jeunes étoiles, au sein de disques de gaz et de poussière. En grossissant progressivement, ils peuvent former des cailloux, puis des corps toujours plus importants, jusqu’à contribuer à la naissance de planètes. Une réalité qui donne tout son sens à la célèbre formule attribuée à l’astrophysicien Hubert Reeves : « Nous sommes tous des poussières d’étoiles. »
Les modèles de Marie-Anne relient les observations des télescopes les plus pointus, comme le James Webb, à leurs propriétés pour en déduire leur taille, composition et structure et pour comprendre comment ils grandissent jusqu’aux planètes. Ces recherches éclairent les conditions d’apparition de la vie et la quête de mondes habitables. Elles peuvent aussi s’appliquer au climat, pour caractériser les aérosols atmosphériques et la pollution aux particules fines.
BOULOGNE-BILLANCOURT, ENTRE VERDURE ET VIE DE QUARTIER
Originaire de Valbonne, dans le sud de la France, la jeune femme s’installe à Boulogne-Billancourt en 2023 pour travailler sur sa thèse. « J’ai choisi cette ville pour ses nombreux espaces verts. Cela me tient beaucoup à cœur. La ville est calme, et comme je n’ai pas grandi en milieu urbain, cela me convient parfaitement. Je ne ressens pas l’agitation de la capitale, estime-t-elle. J’ai aussi choisi en fonction de la position géographique. D’ici, l’accès au plateau de Saclay est très aisé. »
Quand la doctorante trouve du temps libre, elle aime profiter de la ville. « Même en dernière année de thèse, on a le temps de pratiquer des activités à côté, précise-t-elle. Je commence tôt et termine tôt. Si je n’ai pas de travail à faire à la maison, cela me laisse du temps pour me promener quand il fait beau. J’ai aussi pratiqué l’escalade au club Agrippine et chez Arkose. Je profite beaucoup des espaces verts pour faire du vélo ou de la course à pied. J’apprécie également la proximité des commerces. »
PROMOUVOIR LES SCIENCES AUPRÈS DES JEUNES, EN PARTICULIER LES FEMMES
Sa passion pour l’astrophysique lui vaut aujourd’hui une distinction : le prix Jeunes Talents France L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science 2026. Cette année, 823 candidatures représentant 73 nationalités ont été examinées.
Marie-Anne dit avoir été « vraiment émue et surprise » lorsqu’elle a appris qu’elle était lauréate. Le prix, qui distingue 35 femmes, représente à la fois une reconnaissance scientifique, une visibilité accrue en début de carrière et un soutien financier pour participer à des conférences ou développer des actions de vulgarisation.
Ce prix ouvre aussi des possibilités de rencontres avec des élèves et des étudiants. Un volet qui lui tient particulièrement à cœur. La jeune scientifique se dit d’ailleurs disponible pour intervenir dans les établissements scolaires de la ville. « Si je mène des actions, ce sera auprès des jeunes de manière générale, affirme-t-elle. C’est important de ne pas braquer les garçons contre les filles. »
Mais, la place des femmes dans les sciences reste un point important à ses yeux, car elles restent minoritaires. « Quand on parle de scientifiques, tous les jeunes ont en tête des hommes. Encore plus dans la physique. On a l’impression que les femmes, c’est Marie Curie ou rien ! », ironise-t-elle.
Marie-Anne n’a, pour sa part, pas le souvenir d’avoir été freinée dans ses études parce qu’elle était une femme. Elle a rencontré des enseignants qui l’ont encouragée et s’est épanouie dans un environnement majoritairement masculin. Mais elle estime nécessaire de faire évoluer les représentations.
Pour elle, montrer des parcours féminins accessibles peut aider les jeunes à se projeter. Une élève lui a dit un jour : « J’ai vu votre parcours, cela m’inspire beaucoup, je suis très admirative. » Un compliment qui l’a rendu fière.

