Paroles de boulonnais

Madeleine Atallah, cuisinière libanaise et boulonnaise

J’adore Boulogne-Billancourt. Je ne me vois pas vivre ailleurs. C’est une belle ville. Elle s’est beaucoup développée, avec de nombreux parcs et jardins. J’apprécie le parc Rothschild, le musée Albert-Kahn et le cinéma Landowski.

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Arrivée en France en 1987, la Libanaise Madeleine Atallah a ouvert son restaurant libanais Chez Madeleine en 2006. Installé rue de Paris depuis son ouverture, l’établissement a su se faire un nom et ne désemplit pas depuis près de vingt ans. Mais au-delà de ses mets de qualité, c’est la personnalité de Madeleine qui a séduit les clients.

Née à Byblos au Liban, Madeleine Atallah ne se destinait pas à travailler dans la restauration. Elle a suivi des études de paysagisme et de publicité. «   J’ai travaillé un peu là-bas, dit-elle, mais j’ai dû quitter mon pays à cause de la guerre. J’avais 22 ans quand je suis arrivée en France, à Boulogne-Billancourt.   » Elle est accueillie par une famille franco-libanaise qu’elle considère encore aujourd’hui comme sa deuxième famille. «   Ils m’ont reçue comme une des leurs. Je me suis occupée de leurs trois enfants, je les ai élevés comme si c’était les miens,souligne la restauratrice. Au Liban, la prise en charge du chômage n’existe pas, donc, quand on n’a pas de travail, ce sont les enfants qui paient les charges pour leurs parents et vice-versa. On se renvoie l’ascenseur. Il faut avoir un esprit de partage. C’est ce que j’ai fait avec ma famille de cœur boulonnaise.   » En France, pour continuer à travailler dans son secteur d’activité, elle devait repartir de zéro et repasser des diplômes, mais il lui fallait aussi gagner sa vie. Elle décide donc de faire des petits boulots : «   J’ai gardé des enfants, fait des ménages. Je n’en ai pas honte du tout. Le plus important, c’est de gagner sa vie quoiqu’on fasse. Mais je cuisinais déjà et j’avais quand même en tête d’ouvrir un jour un restaurant.   »

«  J’APPELAIS MA MÈRE AU LIBAN POUR QU’ELLE M’AIDE À AMÉLIORER LES RECETTES!  »
La « Libano-Boulonnaise  » travaille ponctuellement dans la restauration, et c’est presque par hasard qu’elle se lance dans l’aventure pour ouvrir son propre restaurant. En sortant de chez elle, rue Lazare-Hoche, et en passant par la rue de Paris il y a presque vingt ans, elle voit un écriteau «  bail à céder  ». Elle décide alors, presque sur un coup de tête, d’acheter l’établissement. «   Beaucoup de gens m’ont dit que ce n’était pas une rue pour ouvrir un restaurant et que ça n’allait jamais tenir. Mais même si vous êtes dans un sous-sol, si vous travaillez bien, les gens le sauront. La preuve, cela fait vingt ans maintenant !   », estime la restauratrice, qui emploie aujourd’hui une équipe de huit personnes. Autodidacte, Madeleine se souvient de ses débuts : «   J’appelais souvent ma mère au Liban pour qu’elle m’aide à améliorer certaines recettes !   » Tous les plats du restaurant sont des spécialités de son pays. «   J’ai parfois essayé de mélanger un peu de cuisine française aux plats libanais,déclare Madeleine, mais ce n’est pas ce que les gens recherchent. Si tu vis en France et que tu veux manger libanais, tu t’attends à déguster de la vraie cuisine de là-bas.  » Logique. Les traditionnels falafels, caviar d’aubergine, taboulé, agneau aux cinq épices, aubergines farcies ou autres baklavas ravissent donc les papilles des gourmets boulonnais. D’ailleurs, les clients ne tarissent pas d'éloges à l’égard de sa cuisine.

UNE PERSONNALITÉ ATTACHANTE ET HAUTE EN COULEUR
Le plus marquant chez Madeleine, en plus de la finesse de son excellente cuisine, est sa personnalité. La cheffe n’a pas la langue dans sa poche et apprécie les bons mots. «   Je pique des crises, je m’énerve, admet-elle bien volontiers en riant. Mais je veux que tout le monde soit content.   » Le secret du succès de son restaurant tient à son accueil convivial et chaleureux. Pour cette acharnée du travail – elle est souvent présente à son restaurant dès 8h du matin et finit rarement avant minuit –, sa clientèle doit se sentir bien dans son établissement. «   Ici, je fais tout, je suis au four et au moulin, je suis gérante, mais je suis aussi en cuisine, en salle…,insiste-t-elle. Dès que j’ai fini en cuisine, je sors une tête et je parle avec les clients. J’aime bien papoter avec eux, leur raconter des bêtises. Je sais ce que chaque client a mangé. Il est important d’être aimable et serviable. Je veux vraiment que les gens se sentent à l’aise chez moi, comme à la maison.  » Après trente-huit ans vécus en France, Madeleine retourne très peu au pays des cèdres. «   Je me sens plus française et boulonnaise que libanaise,confie-t-elle. J’adore Boulogne-Billancourt. Je ne me vois pas vivre ailleurs. C’est une belle ville. Elle s’est beaucoup développée, avec de nombreux parcs et jardins. J’apprécie le parc Rothschild, le musée Albert-Kahn et le cinéma Landowski. Je ne vois pas pourquoi j’irais m’embêter à prendre le métro alors qu’il y a tout ici !  » 

Chez Madeleine. 39, rue de Paris. Tél. : 01 46 89 46 57.