Son regard est bleu comme le ciel, son visage toujours souriant, Marie-Jeanne Watrin apporte chaque jour de la magie sur la Grand-Place. Avec son époux, Gilbert, cette "magicienne" mène le majestueux carrousel, devenu au fil des ans le roi des lieux. Après sa construction, qui a demandé un an, le manège boulonnais se classe parmi les plus beaux de France avec ses deux étages, ses 60 pièces et sa décoration personnalisée aux couleurs de la ville. "Nous avons tout choisi, les couleurs et les matériaux, indique Marie-Jeanne. Nous lui avons donné une identité locale en le parant de peintures, faites à la main, représentant La Seine Musicale, l’espace Landowski, et l’avons doté d’une voiture estampillée Renault." Si Marie-Jeanne s’est posée à Boulogne-Billancourt avec son manège, elle vient d’un monde plus ambulant, celui des gens du cirque. "Mon grand-père Jacques Allès était un circassien originaire des Pays-Bas. Cascadeur, il sautait par-dessus des charrettes en feu. Ma grand-mère attirait le public en jouant du tambour. Mon père, Alphonse, a repris le flambeau. Il a notamment vendu et fait connaître les oliebel, des gâteaux typiques des Pays-Bas, dans différentes foires dont celle du Trône. Puis, il a rencontré ma maman, Germaine Bouvier, surnommée la reine des crêpes, elle aussi issue d’une famille de forains." Pour Marie-Jeanne et ses trois sœurs, la vie est un grand voyage à travers la France : "Nous allions de foire en foire. Les mairies nous appelaient pour égayer la vie des villes et villages. Après la guerre, la misère était grande, des villes comme celle de Caen étaient totalement détruites, mais les habitants avaient vraiment envie de s’amuser de nouveau."
Le carrousel, une institution de la Ville
De génération en génération, chez les Watrin, on reste forains. Après elle, la relève est déjà assurée, ses petits-fils s’apprêtant à lui succéder. Cette maman de trois enfants le sait bien. "Le cirque, c’est presque génétique. On ne quitte pas la tradition. On se marie souvent entre familles de circassiens. La grand-mère de mon mari, par exemple, était une célèbre dompteuse. Nous restons très attachés aux valeurs familiales." La famille au sens large, Marie-Jeanne en a trouvé une nouvelle à Boulogne-Billancourt il y a vingt-six ans, puisque le carrousel est né en même temps que la Grand-Place. " C’est un petit village ici, assure-t-elle. Tout le monde se connaît. Les Boulonnais sont très gentils, polis et aimables. C’est un réel plaisir de travailler ici. Les jeunes parents nous disent “j’ai tellement fait de tours sur ce carrousel lorsque j’étais enfant, à ma fille d’en profiter”. Un manège devenu une véritable institution boulonnaise. Ouvert toute l’année de 10h à 19h, il ne désemplit pas, surtout durant les week-ends et aux beaux jours. Trois minutes magiques. "Nous sommes des amuseurs publics, nous vendons de la féerie et du rêve, lance Marie-Jeanne. Notre vie, c’est donner de la joie." Depuis leur cabine, les Watrin programment les départs à une cadence ininterrompue ou presque. Bien plus propre que nombre de manèges parisiens, d’après les dires de parents boulonnais, le carrousel est désinfecté trois fois par jour, les planchers changés trois fois par an. Il répond donc aux normes maximales d’hygiène et de sécurité
Attachée à Boulogne-Billancourt
Si, pour Marie-Jeanne, l'heure de la retraite approche, elle n’hésite pas à confier "être très attachée à la ville et heureuse d’y vivre". À Boulogne-Billancourt, le couple Watrin aime tout : la population, les commerces. Il y a ses habitudes et apprécie la cuisine à l’ancienne des brasseries Jean-Baptiste et Le Palace. Le carrousel illumine la place et, l’été, les riverains des appartements situés en face regardent depuis leur terrasse ce magnifique colosse peint. Véritable madeleine de Proust des Boulonnais, le carrousel de Marie-Jeanne n’est pas près de s’arrêter de tourner.

